PAPERJAM - «Monter une collection d’œuvres d’art ne s’improvise pas»
- 28 oct. 2025
- 4 min de lecture
Écrit par Paperjam Club
Publié le 28.10.2025

Lors de l’événement «Comment pérenniser et transmettre sa collection», organisé par le Paperjam Club le 29 octobre chez Foyer Group, Stéphanie Breydel de Groeninghe, co-fondatrice de Ts’Art, partagera sa vision sur la pérennisation et la transmission des œuvres d’art.
En tant que conseillère en art, quels conseils donneriez-vous à un jeune collectionneur qui souhaite commencer une collection d’art durable et significative?
Stéphanie Breydel de Groeninghe. – “Monter une vraie collection d’œuvres d’art ne s’improvise pas. Comme je le dis toujours, il faut acheter avec le cœur mais intelligemment aussi, surtout à notre époque. Il faut être bien conseillé car nous avons accès actuellement à beaucoup d’informations et on ne sait plus par où commencer. Un professionnel de l’art connaît le marché, les tendances, et va mettre en garde par rapport à une sur-spéculation et aux effets de mode. Cela fait partie de notre métier. Nous sommes au fait de l’actualité et nous échangeons beaucoup avec les directeurs de musées et de fondations, nous allons aux foires et rencontrons les galeristes. Je ne suis pas une conseillère pure, je suis une historienne de l’art avant tout et c’est un atout majeur. Mon approche ne va pas être la même.
Le premier pas est d’éduquer la personne si elle ne l’est déjà pas. Lui faire découvrir le marché de l’art et lui faire comprendre les dessous de ce milieu. La première grande étape va être de déterminer les goûts de la personne. Ensuite, d’établir un budget et enfin de l’accompagner aussi lors de l’achat des pièces. Avant d’acheter une œuvre d’art, il faut toujours se renseigner sur la provenance de l’œuvre, son authenticité, s’il y a un constat d’état, l’actualité de l’artiste, et récolter tous les autres éléments nécessaires.
Une autre étape importante est de se soucier des conditions de conservation des œuvres, j’accompagne aussi mes clients dans cette étape. Une œuvre mal accrochée, trop en contact avec le soleil ou les rayons de la lune ou dans une pièce trop humide ou trop sèche ne va pas durer dans le temps. C’est mon devoir.
En quoi la question de la pérennité et de la transmission des collections est-elle devenue un enjeu majeur pour les collectionneurs d’aujourd’hui?
“Autrefois, la transmission d’une collection allait de soi: elle s’inscrivait naturellement dans la lignée familiale, presque comme un héritage génétique. La collection passait de génération en génération sans que sa légitimité ne soit remise en question.
Aujourd’hui, cette tradition évolue profondément. Les jeunes générations souhaitent affirmer leurs propres goûts et s’émanciper des modèles familiaux. Là où la transmission se faisait autrefois sans discussion, elle fait désormais l’objet d’une véritable réflexion. De plus en plus de collectionneurs anticipent la question de la succession et envisagent, parfois de leur vivant, la vente ou la réorganisation de leur collection.
La collection devient un espace de dialogue entre générations, où se confrontent la mémoire familiale et le désir d’indépendance.
Stéphanie Breydel de Groeninghe, co-fondatrice, Ts’Art
Cet enjeu de pérennité traduit un changement de rapport à la collection: il ne s’agit plus seulement de conserver un patrimoine, mais aussi de repenser sa transmission en fonction des sensibilités et des aspirations de chacun. La collection devient ainsi un espace de dialogue entre générations, où se confrontent la mémoire familiale et le désir d’indépendance. Et c’est mon rôle d’accompagner ces familles en collaboration avec certaines banques privées et Family Offices.
En plus de vos activités d’historienne de l’art et de conseil en art, vous avez fondé Ts’Art pour faire le lien entre l’art et le business. Quel en est le but?
“Ts’Art a été fondé à la suite d’un simple constat: pendant plus de 20 ans, les entreprises se différenciaient des autres en créant et en communiquant autour d’une collection d’art. C’était à la mode. Maintenant, ce n’est plus le cas, elles ont d’autres centres d’intérêt, comme le sport ou les enjeux climatiques, ce qui est très bien aussi. Mais du coup, bon nombre d’œuvres d’art dorment dans les locaux et sont parfois très mal entreposées dans les stocks. Je suis souvent choquée de voir comment ces œuvres sont conservées ou abîmées. Notre but n’est pas seulement de démystifier l’art mais de sensibiliser ces entreprises au fait qu’elles ont un vrai patrimoine avec des œuvres qui valent parfois très chères et dont il faut en prendre soin.
Nous proposons à ces entreprises de les accompagner en redynamisant leur communication autour de l’art et de faire vibrer leurs collaborateurs et clientèles par le biais de visites de leurs propres collections, de conférences, de team buildings, d’organisation de visites de foires, d’ateliers d’artistes, de galeries, etc.
Je me suis moi-même occupée de collections d’entreprises de la place, j’ai eu la grande chance de monter la collection d’AXA Luxembourg. J’ai monté de nombreux «midis de l’art» avec des visites de la collection avec les employés. À chaque fois, c’était un vrai moment de pur partage et les gens étaient heureux d’avoir l’explication et la présentation des œuvres qui les entourent dans leur quotidien. Quelle joie de voir naître des interactions entre eux. Car l’art fait du bien et est une bulle d’air dans notre quotidien.”



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